Voyage en Birmanie: les enjeux du voyage selon le cardinal Charles Bo

2017-11-27 Radio Vatican

(RV) La démocratie birmane est fragile, mais il y a du progrès. C’est ce que reconnaît le cardinal Charles Bo, archevêque de Rangoun, principale métropole de Birmanie, à l’occasion du voyage apostolique du Pape François en Birmanie du 27 au 30 novembre 2017, première visite d’un souverain pontife en Birmanie. Lors de ce 21è déplacement à l’étranger, le Saint-Père doit notamment rencontrer les autorités politiques et bouddhistes ainsi que les évêques catholiques.

La Birmanie, aussi appelée Myanmar par les pays qui ont reconnu le gouvernement militaire à la fin des années 1980, a été dirigée par la junte militaire jusqu’en 2015, année de victoire de la Ligue nationale pour la démocratie menée par l’opposante et prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi.
Envoyée spéciale en Birmanie pour le voyage du Pape François, Philippa Hitchen a interrogé le cardinal Bo sur les enjeux de cette visite papale et sur les évolutions concernant la démocratie dans le pays. Il souligne notamment que, si dans le passé le parti au pouvoir était exclusivement composé de bouddhistes birmans, il y a un vrai progrès: aujourd’hui, il inclut d’autres groupes ethniques ou religieux comme les chrétiens.

Une démocratie fragile

Parmi les changements importants, le cardinal souligne que désormais, les Birmans jouissent d’une plus grande liberté d’expression grâce aux téléphones portables, aux journaux et à la presse. En revanche, met-il en garde, «la démocratie est encore très fragile». Car si des progrès ont été faits depuis le retour de Aung San Suu Kyi sur le plan de l’administration civile, son autorité reste très restreinte, car les militaires sont encore très puissants. L’armée contrôle toujours la défense, les frontières et les affaires intérieures, et la conseillère d'État Aung San Suu Kyi «n’a aucune voix contre l’armée constitutionnellement».

La situation dans l’Etat Rakhine

Revenant sur les attaques de villages dans l’Etat Rakhine fin août dans le nord du pays qui ont entraîné le départ de centaines de milliers de musulmans et une grave crise humanitaire, le prélat birman estime que la réponse militaire a été «très violente» contre les militants rohingyas qui s’en étaient pris aux postes de police. Il n’y a aucune comparaison entre «la petite attaque de militants» et «l’attaque très agressive du gouvernement avec les bombardements, les tirs et les incendies».

L’archevêque de Rangoun a par ailleurs réagi aux critiques concernant son silence lors de ces attaques. Il a tenu à affirmer que «la communauté internationale avait un peu exagéré» à cause de la puissance de media étrangers comme Al-Jazeera, face à la faiblesse des media locaux sans écho à l’international.

Un appel contre le discours de haine

Il y a quatre-cinq ans, s’inquiète aussi le cardinal, les moines bouddhistes extrémistes ont commencé à diffuser des messages de haine par haut-parleurs. Ils s’étaient calmés il y a un an et demi, explique-t-il, mais à la suite des attaques dans l'Etat de Rakhine, ce type de discours est revenu, par la voix d’un moine bouddhiste reconnu qui affirme que tuer des non-bouddhistes est justifié. Selon le responsable catholique, il y a un tel respect des Birmans pour les responsables religieux bouddhistes, que l’islamophobie se répand d’autant plus. «La majorité aurait une aversion pour les musulmans en général et en particulier pour ceux de l’Etat Rakhine.» Ainsi, pour combattre ces opinions, «nous essayons de notre mieux de faire des rencontres de groupes interreligieux et de persuader nos prêtres et religieux, surtout dans leurs homélies, de montrer un réel respect et une vraie compréhension pour les autres religions».

Un bon accueil du Pape

Sur une population de 51 millions d’habitants, seulement 7% sont chrétiens dont 1,4% catholiques, soit 700.000 personnes. L’Église entretient de bonnes relations avec les baptistes et les autres chrétiens, ainsi qu’avec les bouddhistes et les responsables musulmans. Tous sont prêts et favorables à la venue du Pape François, affirme le cardinal. En revanche, le Saint-Père doit faire «très attention aux termes qu’il utilise» met-il en garde. Ainsi, «nous lui demandons de se retenir d’utiliser le mot Rohingya».

Éducation et emploi prioritaires

Enfin, l’archevêque de Rangoun a souligné les efforts de l’Église pour soutenir les jeunes qui ont souffert d’un manque d’éducation et d’emploi. Par ailleurs, environ trois millions de Birmans sont immigrés comme travailleurs en Thaïlande et beaucoup sont menacés par le trafic et l’exploitation, met-il en garde. La priorité de l’Église est donc l’éducation des enfants et des jeunes, mais le changement de se fera pas du jour au lendemain. Le cardinal Bo espère donc progressivement «créer des opportunités de travail pour nos jeunes».

(Tratto dall'archivio della Radio Vaticana)