Un géant de la foi

2012-10-16 L’Osservatore Romano

« Soudain je me rappelai quand tout commença ». Le 16 octobre 1978, don Stanisław Dziwisz attendait comme tout le monde, l’élection du nouveau Pontife. Et l’émotion est presque la même que celle éprouvée ce soir-là.

 Quel est votre souvenir de ce jour qui a changé aussi votre vie?

Comme tous les jours du Conclave j’allais Place Saint-Pierre et parmi la foule j’attendais l’élection du nouveau Pontife. J’étais là aussi ce soir-là lorsque le cardinal Pericle Felici prononça le nom du nouveau Pape. J’étais pétrifié. Exactement douze ans auparavant, un jour d’octobre 1966, l'archevêque métropolitain de Cracovie, Mgr Karol Wojtyła, m’invita chez lui. J’avais vingt-sept ans, j’étais un jeune prêtre. A cette époque, je ne me rendais encore compte que commençait l’aventure la plus importante de ma vie.

Beaucoup notèrent la grande tranquillité et sérénité de cet « inconnu », archevêque métropolitain de Cracovie face à une charge qui en aurait effrayé plus d’un.

En y réfléchissant aujourd’hui, je pense que toute la vie personnelle et sacerdotale de Karol Wojtyła a été comme une préparation à cette mission unique et très difficile. Il a vécu des temps très durs pour la nation polonaise: d’abord l’occupation nazie, puis le régime communiste. Pendant douze ans j’ai été le témoin privilégié de la vie quotidienne et de la mission pastorale du cardinal Wojtyła. Ce qui me frappait c'était le fait que son activité,  – ses rencontres avec les personnes, les décisions à prendre, les visites pastorales, l’annonce de la Parole de Dieu, l’activité académique – , était constamment plongée dans la prière.

 Nous sommes dans l'Année de la foi et ces jours-ci se tient le synode sur la nouvelle évangélisation. Un thème que Jean-Paul II avait très à cœur.

Il parlait de la nouvelle évangélisation parce qu’il était un grand évangélisateur. Dans le monde d’aujourd’hui on peut évangéliser grâce aux vrais témoins de la foi mais aussi grâce aux pasteurs authentiques. Et lui était un témoin et un pasteur. A travers sa personne nous avons reçu le don d’un guide sage dans notre monde difficile et inquiet. J’ai été témoin, – ou peut-être vaudrait-il mieux dire: « nous tous avons été témoin » --, de cet immense travail d’évangélisation. Jean-Paul II ne s'est pas épargné tout au long de son pontificat parce qu’il voulait que la vérité du Christ, –  Seigneur et Rédempteur de l’homme –, atteigne chacun, ceux qui n’ont pas encore entendu parler de Lui comme ceux qui l'ont oublié dans le désert créé par le sécularisme, ou l’homme vit comme si Dieu n’existait pas.

Quel héritage nous laisse le Pape Wojtyła? Et en particulier que vous a laissé personnellement  cet homme que vous avez qualifié de « géant de la foi »?

Comme homme et comme prêtre je me suis formé à l'école de Karol Wojtyła. Il continue à influencer aussi  mon service à l’Eglise et aux personnes. Jean-Paul II a fait de moi son exécuteur testamentaire. Mais il s’agit plus du testament spirituel, parce que le Saint-Père avait peu de choses matérielles: il m’a chargé d’offrir tout ce qu’il avait. Il a laissé en revanche un gigantesque héritage spirituel.

Włodzimierz Rędzioch