Trois clefs pour une nouvelle culture économique
2012-08-11 L’Osservatore Romano
Croissance, finance et infrastructures sont les paroles clefs du contexte socio-économique actuel. Mon intention est donc d’illustrer le lien profond entre ces trois paroles clefs et les raisons pour lesquelles je considère qu’il est nécessaire, d’un point de vue purement économique, de développer des politiques en mesure de libérer la croissance à travers le développement des infrastructures. Je voudrais enfin illustrer les opportunités qui, dans ce but, peuvent être offertes par les institutions financières.
Il ne fait aucun doute que nombre des problèmes auxquels nous nous confrontons aujourd’hui ont leurs racines dans l’incapacité d’apporter des réponses adaptées aux défis de notre temps : des défis sur lesquels le Pape s’est longuement arrêté dans l’encyclique Caritas in Veritate. Ces dernières années, la mondialisation a produit richesse et développement à un rythme jusqu’à présent inconnu. Mais dans le même temps, la mondialisation a mis en évidence des inégalités extraordinaires et nouvelles, face auxquelles les institutions politiques et économiques doivent offrir des réponses concrètes, en alliant à la justice commutative, typique des rapports de marché, des formes de justice distributive, qui soient en mesure d’introduire dans les processus économiques la cohésion sociale nécessaire.
De fait, il est urgent qu’augmente la confiance réciproque, sans laquelle le marché lui-même « ne peut pleinement répondre à sa propre fonction économique » (cf. Caritas in Veritate, n. 35). Il s’agit donc de tracer une voie institutionnelle de la charité face aux défis de la « mondialisation plurielle et polyarchique », telle qu’elle a été définie lors du symposium sur la doctrine sociale de l’Eglise organisé par notre service international de recherche Caritas in Veritate. La nouvelle culture économique que nous nous proposons de développer ces prochaines années, devra être en mesure de libérer des énergies et des ressources pour la croissance, de dépasser les résistances des intérêts corporatifs, les domaines de privilège et de rente, et savoir créer dans le même temps des conditions stables pour ce bien-être existant, dont doivent également bénéficier ceux qui jusqu’à présent en sont exclus. Dans ce but, il faut introduire des réformes visant à valoriser le capital humain et social, à promouvoir le talent, l’initiative individuelle et collective, la capacité et l’envie d’entreprendre, d’expérimenter, d’innover, d’être compétitifs, et d’en assumer le risque raisonnable. Dans le même temps, il faut concilier la compétition, la flexibilité, le dynamisme et l’innovation, avec la sauvegarde de hauts niveaux de solidarité et de cohésion sociale, de protection des droits et des libertés des citoyens, de qualité de la vie, de protection durable de l’environnent et de qualité des services sociaux.
A une heure si difficile pour la santé financière de l’Europe, je considère opportun de conclure en citant un économiste allemand, un père du projet européen, à qui nous devons en grande partie la formalisation des Traités institutifs de l’Union européenne signés à Rome en 1957. Le professeur Alfred Müller-Armack, professeur d’économie politique à l’université de Cologne et, ensuite, conseiller économique du chancelier Ludwig Erhard, dans un essai de 1969 affirmait : « Tous (scientifiques, économistes et moralistes) doivent tenter de trouver une solution qui ne doit être ni une utopie ni une insistance têtue sur ce qui existe déjà, mais une synthèse réaliste dans laquelle la justice sociale, la liberté personnelle et la formation démocratique de la volonté puissent trouver une réalisation de la même manière que le demande notre monde technique, organisée de façon ramifiée du point de vue économique et en transformation permanente dans cette direction, en termes de jugement sévère, de claire décision, de nouvelles conceptions et formes de l’organisation ».






