Rigide mais au moins honnête (5 mai 2017)

PAPE FRANÇOIS

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA
MAISON SAINTE-MARTHE

Rigide mais au moins honnête

Vendredi 5 mai 2017

(L'Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n° 021 du 25 mai 2017)

Une prière pour les chrétiens «hypocrites» qui aujourd’hui, avec leur «double vie», sont aveuglés par la rigidité, cachant «les péchés et les maladies de leur personnalité» au point de ne regarder personne en face, pas même les enfants: voilà la requête du Pape François, avec une pensée également pour ceux qui dans l’Eglise — en particulier les jeunes — sont tombés dans la «tentation de la rigidité» mais qui, bien que dans l’erreur, sont «honnêtes». «Que le Seigneur les aide à grandir sur la voie de la douceur». Sa méditation s’est inspirée du «passage de la Bible», tiré du Livre des Actes des apôtres (9, 1-20). Saul «était un garçon, rigide, idéaliste, avec la rigidité de loi qu’il avait apprise à l’école de Gamaliel». Et «il était convaincu de cela: c’est pourquoi il se trouvait là, regardant comment Etienne — qui avait selon lui péché par blasphème — était lapidé». Et «il approuvait la lapidation, dit le livre». Saul, «ce garçon rigide, était honnête: avec cette rigidité — qui était une erreur! — mais honnête». En somme, «il croyait et agissait». En revanche, tant de «fois Jésus a dû condamner les rigides qui n’étaient pas honnêtes. Et à propos «de ces docteurs de la loi, il nous dit “faites ce qu’ils disent, mais pas ce qu’ils font”». En effet, a-t-il insisté, il «y a des rigides à la double vie: ils se font voir beaux, honnêtes, mais quand personne ne les regarde ils font de vilaines choses». Ce n’est cependant pas la manière d’être de Saul: «Ce garçon était honnête: il croyait sincèrement». François a confié, «je pense, quand je dis cela, aux nombreux jeunes qui sont tombés dans la tentation de la rigidité, aujourd’hui, dans l’Eglise: certains sont honnêtes, sont bons, nous devons prier pour que le Seigneur les aide à grandir sur la voie de la douceur». Saul en grandissant était toujours «honnête, rigide» et «il avait le zèle de la loi: ne respirant toujours que menaces et carnage à l’égard des disciples du Seigneur». Du reste, pour lui tout ce que prédisaient les apôtres était «une hérésie» à ne pas «tolérer». Donc, Saul «est allé à Damas pour capturer les chrétiens et les conduire enchaînés pour être jugés et, si cela était nécessaire, même lapidés». Et voilà que «là-bas a lieu la rencontre de cet homme qui respire menaces et carnage avec un autre homme qui parle avec un langage de douceur: “Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu?”». Et celui-ci lui demanda immédiatement: «Qui es-tu, Seigneur?». Toujours «avec douceur» voilà la réponse: «Je suis Jésus, celui que tu persécutes! Mais relève-toi, entre dans la ville, et l’on te dira ce que tu dois faire». Ainsi, «le garçon rigide qui est devenu un homme rigide — mais honnête! — se transforme en enfant», en se laissant «conduire là où le Seigneur l’a appelé»: c’est «la force de la douceur du Seigneur». Saul «devenu aveugle après cette vision», fut guidé «par la main à Damas». «Jésus ne dit pas à Paul “viens avec moi, je te ferai roi, je te donnerai le pouvoir”». Au contraire, il lui dit «tu souffriras» et «Paul accepte». Donc, «la force de la grâce du Seigneur et l’honnêteté de Paul se sont rencontrées». Et «ainsi, à partir de sa propre expérience, cet homme prêche aux autres, dans tous les lieux: persécuté, avec beaucoup de problèmes, dans l’Eglise également, il a dû aussi souffrir que les chrétiens se disputent entre eux». Mais «lui, qui avait persécuté le Seigneur avec le zèle de la loi, dira aux chrétiens: avec la même chose avec laquelle vous vous êtes éloignés du Seigneur, vous avez péché, avec l’esprit, avec le corps, avec tout; à présent, avec les mêmes membres, soyez parfaits, rendez gloire à Dieu. «Telle est la route du chrétien: aller de l’avant sur les traces que Jésus a laissées, les traces de la prédication, les traces de la souffrance, la trace de la croix, la trace de la résurrection». Et c’est précisément à l’intercession de Saul que le Pape a confié «aujourd’hui, de manière spéciale, les personnes rigides qui sont dans l’Eglise».