Non au « travail esclave »

2013-05-03 L’Osservatore Romano

Avant toute chose l’homme et sa dignité. C’est ce qu’a réaffirmé le Pape François dans son homélie lors de la Messe présidée mercredi matin 1er mai dans la chapelle de la Domus Sanctae Marthae.

«Aujourd’hui – a-t-il dit – nous bénissons saint Joseph comme travailleur : mais ce souvenir de saint Joseph travailleur nous renvoie à Dieu travailleur, à Jésus travailleur. Et ce thème du travail est très, très, très évangélique. “Seigneur — dit Adam — avec le travail nous gagnerons de quoi vivre”.  Mais il est davantage. Parce que cette première icône de Dieu travailleur nous dit que le travail est quelque chose de plus que gagner son pain : le travail nous donne la dignité ! Qui travaille est digne, a une dignité particulière, une dignité de personne : l’homme et la femme qui travaillent sont dignes ».

Qui ne travaille pas, par conséquent, n’a pas cette dignité. Mais il y a beaucoup de personnes « qui veulent travailler et ne peuvent pas ». Et cela « est un poids pour notre conscience, parce quand la société est organisée de cette manière » et « que tous n’ont pas la possibilité de travailler, d’être “oints” par la dignité du travail, cette société ne va pas bien : elle n’est pas juste ! Elle va contre Dieu lui-même, qui a voulu que notre dignité commence par là ».

Le Pape s'est ensuite référé aux systèmes sociaux, politiques et économiques  qui dans diverses parties du monde ont fondé leur organisation sur l'exploitation. C'est-à-dire qu'ils ont choisi de « ne pas payer ce qui est juste » et de chercher à obtenir le plus grand profit à tout prix, profitant du travail des autres, sans par ailleurs s'occuper le moins du monde de leur dignité. Cela « va contre Dieu! » s'est-il exclamé en se référant aux situations dramatiques qui ont lieu dans le monde et que « nous avons vu tant de fois dénoncées sur L'Osservatore Romano ». A ce propos, le Saint-Père a cité le titre d'un article apparu sur la première page de l'édition italienne du dimanche 28 avril et consacré à l'écroulement d'une usine à Dacca, au cours duquel sont morts des centaines d'ouvriers qui travaillaient dans des conditions caractérisées par l'exploitation et le manque de sécurité: « Un titre – a-t-il commenté – qui m'a beaucoup frappé le jour de la tragédie du Bangladesh: "Comment mourir pour 38 euros par mois" ». Et « cela – a dénoncé de façon explicite le Pape – est un travail "d'esclave", qui exploite « le don le plus beau que Dieu a donné à l'homme: la capacité de créer, de travailler, d'en faire sa dignité. Combien de frères et de sœurs dans le monde sont dans cette situation à cause de ces comportements économiques, sociaux, politiques! ».

Le Pape a ensuite puisé aux trésors de la sagesse juive pour souligner que la dignité de la personne humaine est une valeur universellement reconnue et qu'il faut donc  protéger et conserver. « Je me souviens – a-t-il dit – d'un beau récit juif médiéval. Un rabbin parlait à ses fidèles de la construction de la tour de Babel. A cette époque, on construisait avec des briques. Mais pour fabriquer les briques, il fallait beaucoup de temps, non? Prendre la terre, en faire de la boue, prendre la paille, la faire cuire. Et une brique était une chose précieuse. Ils portaient chaque brique jusqu'en haut, pour construire la tour de Babel. Lorsqu'une brique tombait par accident, c'était un problème terrible, un scandale: « Regarde un peu ce que tu as fait! ». Mais si c'était l'un des ouvriers qui construisaient la tour qui tombait, on disait seulement: « Qu'il repose en paix! » et on le laissait tranquille. La brique était plus importante que la personne! C'est ce que racontait ce rabbin du Moyen-Age et c'est ce qui se passe aujourd'hui! Les personnes sont moins importantes que les choses qui rapportent du profit à ceux qui ont le pouvoir politique, social, économique ». Nous sommes arrivés au point que nous ne sommes pas conscients « de cette dignité de la personne; de cette dignité du travail. Mais aujourd'hui, la figure de saint Joseph, de Jésus, de Dieu qui travaillent nous enseignent la voie pour marcher vers la dignité ».