Les femmes dans l’Eglise

2013-11-12 L’Osservatore Romano

L’entretien accordé par Maria Voce à la revue « Città Nuova » sur le thème femmes et Eglise est d’un grand intérêt, autant en raison de l’importance de la personne – assurément la femme la plus éminente du monde catholique en tant que présidente du mouvement qui y est le plus diffusé, les Focolari – que du courage et de la lucidité de ses propositions.

Elle commence par une mention de Mulieris dignitatem, jusqu’à présent peu mise en œuvre, mais qui doit être considérée pour sa valeur prophétique : « On verra sa mise en œuvre progressive dans la mesure où les temps mûriront et les femmes sauront offrir des contributions adaptées ». Cette façon de renverser le problème est très intéressante : au lieu d’attribuer la faute aux hommes de ne pas avoir laissé place aux femmes, l’entretien parle d’un moment où les femmes apporteront « des contributions adaptées », en donnant pour sûr que le changement aura lieu.

Du reste, il y a déjà des femmes capables de collaborer, comme on le déduit des réponses suivantes, où Maria Voce se préoccupe du fait que la question ne soit résolue en assignant quelques places directionnelles à deux ou trois femmes, au lieu que « toute l’assemblée de l’Eglise ne soit disposée à accueillir l’autorité de personnes de sexe féminin également là où l’on prend les décisions les plus importantes pour l’Eglise ». Sans ce changement de mentalité, il n’y aura aucun changement véritable dans la condition des femmes, mais seulement quelques « fleurs à la boutonnière » à exhiber pour sauver l’image.

La présidente des Focolari souhaite plutôt un changement véritable et profond : elle veut non seulement que les caractéristiques féminines – qu’elle définit comme une relation d’amour et de détachement avec les autres êtres humains – soient vraiment appréciées, mais que la pensée des femmes soit aussi recherchée et écoutée.

Elle admet cependant que les femmes sont au moins en partie responsables de cette situation, pour avoir accepté sans protester des rôles subalternes en échange de protection. Mais aujourd’hui la situation change rapidement, au point que l’on peut penser à une entrée assez importante des femmes dans les organismes de consultation, de pensée et de décision, et également à un organisme de consultation du Pape auquel appartiennent à la fois des hommes et des femmes. Et elle ne craint pas d’affirmer : « Un organisme de ce genre m’enthousiasmerait ».

Son expérience du gouvernement au féminin, caractérisé par l’amour, est proposé comme modèle pour toute l’Eglise, en rappelant que cette expérience – spécifique du mouvement des Focolari – se réfère à un aspect de la figure de Marie « qui est encore peu considéré, celui de Mère de l’Eglise, c’est-à-dire celle qui contient toutes les réalités de l’Eglise elle-même ».

Mais, de fait, cette expérience de gouvernement féminin n’est pas encore complètement reconnue. C’est ce que révèle un détail significatif que Maria Voce évoque avec « perplexité », c’est-à-dire le manque de possibilité d’incardiner des prêtres déjà consacrés dans le mouvement. Peut-être parce que  – certains pourraient le penser – ils se trouveraient dans une position subalterne à l’égard d’une femme : la présidente du mouvement.

Les Focolari – c’est un aspect qui saute aux yeux de quiconque entre en contact avec eux – sont l’un des quelques espaces du monde catholique où les femmes et les hommes collaborent ensemble pour le bien de l’Eglise, où la différence entre genres devient collaboration et non opposition. Et c’est précisément pour ce motif que Maria Voce est l’une des personnes les plus autorisées à parler de la collaboration nécessaire entre femmes et hommes, à proposer la présence de femmes au moins pendant les phases préparatoires du conclave, à conseiller au Pape François de se fier à ses expériences familiales  avec sa mère et sa grand-mère, aux femmes qu’il a connues par le passé, avec lesquelles il a construit « des contacts profonds et authentiques », pour penser à un nouveau rôle pour les femmes dans l’Eglise.

Les paroles de Maria Voce font clairement comprendre que les  justes requêtes  d’une reconnaissance véritable de la présence féminine dans l’Eglise ne viennent pas seulement de groupes radicaux qui demandent l’ordination féminine, mais de figures faisant autorité et modérées. Derrière lesquelles se trouve certainement la majorité des femmes qui font partie de l’Eglise.

Lucetta Scaraffia