Les évêques de Bosnie-Herzégovine réagissent au verdict du TPIY

2017-12-05 Radio Vatican

(RV) Par Joris Bolomey

Dans une lettre transmise à l’agence italienne Sir, le cardinal Vinko Puljic, archevêque de Sarajevo revient sur la sentence du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY). Il y réaffirme la disposition des évêques à «collaborer avec tous ceux qui se soucient de la justice et de la dignité» et «à condamner chaque crime».

Suite à la décision de la Cour internationale sur l'ex-Yougoslavie, le président de la Conférence épiscopale de Bosnie-Herzégovine, le cardinal Vinko Puljic, archevêque de Sarajevo, s'est exprimé au nom de l’Église locale. Sans faire de commentaire sur l'arrêt de la Cour, le cardinal Puljic a réaffirmé dans une lettre, l'appel «répété pendant la guerre, à s'opposer et à condamner chaque crime» tout en précisant que «pendant le conflit, nous avons été offensés par des crimes commis par des personnes qui avaient reçu le baptême catholique».

Ce commentaire survient  alors que s’achèvent les travaux du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) à La Haye marqué par le spectaculaire suicide en direct, le mercredi 29 novembre de Slobodan Praljak, commandant des forces croates de Bosnie, qui a avalé un poison à l’énoncé de sa condamnation à 20 ans de prison pour crimes de guerre.

L'acte dramatique de Slobodan Praljak s'est produit lors du prononcé du jugement en appel contre six anciens dirigeants et chefs militaires des Croates de Bosnie pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité durant le conflit croato-musulman (1993-1994) survenu dans le cadre de la guerre en Bosnie-Herzégovine (1992-1995).

Deux enquêtes, diligentées par les Pays-Bas et l'ONU, sont en cours pour déterminer les circonstances de ce suicide.

Pour de nombreux Croates, Slobodan Praljak et ses co-accusés restent des héros et le suicide de Praljak a laissé la Croatie en état de choc. Son acte «illustre surtout la profonde injustice morale envers les six Croates de Bosnie» condamnés par le TPIY, a déclaré le Premier ministre croate, Andrej Plenkovic, cité par l’AFP. Mais la présidente croate Kolinda Grabar-Kitarovic a elle exhorté les Croates à «avoir la force de reconnaître que certains compatriotes en Bosnie avaient commis des crimes et devaient en être tenus responsables», même si en tant qu'État, «la Croatie n'était pas un agresseur», a-t-elle souligné.

Dans leur lettre, les évêques de Bosnie s’attristent des revendications exprimées par une partie de l’opinion publique en Croatie, qui risquent de porter atteinte à la cohésion de la Bosnie-Herzégovine, dont l’équilibre politique demeure fragile, 22 ans après la signature des accords de Dayton. C’est «immoral et donc dangereux et inacceptable pour l'avenir de ce pays et de tous ses citoyens» précise le cardinal Puljic tout en réaffirmant la disposition des évêques à «collaborer avec tous ceux qui se soucient de la justice et de la dignité».

(Tratto dall'archivio della Radio Vaticana)