L’Eglise n’est pas pour les tièdes (23 mai 2017)

PAPE FRANÇOIS

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA
MAISON SAINTE-MARTHE

L’Eglise n’est pas pour les tièdes

Mardi 23 mai 2017

(L'Osservatore Romano, Édition hebdomadaire n° 024 du 15 juin 2017)

L’Eglise ne doit jamais être «tiède» et elle est appelée, ainsi que chaque chrétien, à un chemin de «conversion quotidienne». Il faut en effet faire attention à ne pas s’adapter à un état «tranquille», «mondain» et être, en revanche, toujours ouverts à l’«annonce joyeuse que Jésus est le Seigneur». Comme le fit, par exemple, l’archevêque Óscar Arnulfo Romero, rappelé par le Pape François à l’occasion du deuxième anniversaire de sa béatification. Le Pape a tout d’abord repris la première lecture (Actes des apôtres, 16, 22-34) et, expliquant qu’il s’agit du passage final d’un récit plus ample, il en a résumé l’évolution tout entière. En effet, «quand le peuple de Dieu était tranquille ou servait la mondanité, je ne dis pas les idoles, non, mais la mondanité et était dans la tiédeur», le Seigneur «envoyait les prophètes». De plus: «aux prophètes, il est arrivé la même chose qu’à Paul: ils étaient persécutés, battus, pourquoi? Parce qu’ils gênaient». Ce que fit également Paul, «homme de discernement», comprenant que l’esprit que possédait la magicienne, «était un esprit de tiédeur, qui rendait l’Eglise tiède», «il comprit la tromperie et chassa l’esprit malin. Et la vérité est apparue». C’est une dynamique qui a lieu encore aujourd’hui dans l’Eglise: «Quand quelqu’un dénonce de multiples attitudes de mondanité, il est regardé de travers; cela ne va pas, il vaut mieux qu’il s’éloigne». Et il a ajouté: «Je me souviens dans mon pays, de tant d’hommes et de femmes, de bons consacrés, pas des idéologues, mais ils disaient: “Non, l’Eglise de Jésus est ainsi...”», ils ont dit à leur propos: «“Celui-là c’est un communiste, dehors!”, et ils les chassaient, ils les persécutaient. Pensons au bienheureux Romero». Et cela est arrivé à «tant, tant de personnes dans l’histoire de l’Eglise, également ici en Europe». L’explication se trouve dans le fait que «l’esprit malin préfère une Eglise tranquille sans risques, une Eglise des affaires, une Eglise commode, dans la commodité de la tiédeur, tiède». Pour mieux comprendre ce raisonnement, le Pape a rappelé deux mots que l’on trouve dans le passage de l’Ecriture mentionné plus haut, un «au début de l’histoire» et un autre «à la fin». Si on lit avec attention, en effet, on voit que «les maîtres de cette femme, esclave, divinatrice, se sont fâchés parce qu’ils avaient raté la possibilité de gagner de l’argent». Voilà le mot: «argent». En effet, «l’esprit malin entre toujours par les poches» et «quand l’Eglise est tiède, tranquille, bien organisée, qu’il n’y a pas de problèmes, on regarde là où on peut faire des affaires, immédiatement». Il y a ensuite un autre mot qui apparaît à la fin du récit: «joie». En effet, on lit que le geôlier, après avoir été baptisé, «dressa la table et fut rempli de joie, avec tous les siens pour avoir cru en Dieu». Apparaît ainsi clairement «le chemin de notre conversion quotidienne: passer d’un état de vie mondaine, tranquille sans risque, catholique, oui, oui, mais comme ça, tiède, à un état de vie de la véritable annonce de Jésus, à la joie de l’annonce du Christ. Passer d’une religiosité qui pense trop aux gains, à la foi et à la proclamation: “Jésus est le Seigneur”». Et cela «est le miracle que fait l’Esprit Saint». C’est pourquoi le Pape a suggéré de relire le chapitre 16 des Actes des apôtres, pour mieux comprendre «ce parcours» et comment «le Seigneur avec ses témoins, avec ses martyrs, fait progresser l’Eglise». On se rendra compte qu’«une Eglise sans martyrs ne donne pas confiance; une Eglise qui ne risque pas ne donne pas confiance; une Eglise qui a peur d’annoncer Jésus Christ et de chasser les démons, les idoles, l’autre seigneur, qui est l’argent, n’est pas l’Eglise de Jésus». En concluant sa méditation, François a rappelé que dans la liturgie du jour, il y a une prière dans laquelle on rend grâce «au Seigneur pour la jeunesse renouvelée qu’il nous donne avec Jésus». L’Eglise de Philippes elle aussi «a été renouvelée est elle est devenue une Eglise jeune». Nous devons donc prier afin que «nous ayons tous cela: une jeunesse renouvelée, une conversion de la manière de vivre tiède à l’annonce joyeuse que Jésus est le Seigneur».