Le mariage homosexuel selon “Le débat” - Un nœud anthropologique fondamental

2014-07-18 L’Osservatore Romano

Le dernier numéro de la revue française “Le débat” contient un dossier entièrement consacré au mariage homosexuel, et en particulier au destin des enfants que ces couples voudraient élever comme étant les leurs. En ouvrant une confrontation sur ce thème, ce journal laïc français qui fait autorité se propose surtout de le considérer comme un problème anthropologique de vaste signification pour la société, et pas simplement un élargissement des droits, comme le voudraient les défenseurs du “mariage pour tous”.

Selon Paul Thibaud, philosophe qui a été directeur d’“Esprit”, cette ouverture à l’approfondissement constitue en soi une nouveauté intéressante dans un panorama où l’on a cherché à étouffer le débat de toutes les manières possibles, en soutenant qu’avec la nouvelle loi il s’agissait seulement de reconnaître un changement qui avait déjà eu lieu dans la société. Paul Thibaud nie que cela soit vrai, car il soutient qu’il ne s'agit pas ici de “reconnaître” les couples homosexuels dans leur spécificité, mais précisément le contraire: faire oublier qu’ils sont différents.

Et l’absence de discussion s’explique, toujours selon l’intellectuel français, par la totale privatisation dans laquelle ont été confinés aussi bien le mariage que la procréation; une privatisation qui a pour corollaire l’illégitimité d’en traiter dans un débat public. Effacer le caractère institutionnel de la famille a pour effet de choisir une temporalité courte – c’est-à-dire le contrat, la volonté d'aujourd'hui, les sentiments du moment – sans envisager l’avenir de manière responsable.

La philosophe Nathalie Heinich souligne que, au nom de l’égalité, on est en train de soumettre le régime matrimonial et le statut de la filiation à de profondes transformations, et tout cela parce qu’il existe un glissement du concept de différence vers celui d’inégalité (et de celui d’inégalité vers l’injustice), un glissement qui se fonde sur une réduction du concept de justice à celui d’égalité. En oubliant cependant que les droits sociaux ne se fondent pas sur l’égalité, mais sur l’équité. C’est ainsi que l’on est arrivé à définir un “droit à l’enfant”, un droit inacceptable car il se fonde sur une extension abusive de la valeur de l’égalité.

Un psychanalyste, Maurice Berger, prend ensuite en examen les recherches qui devraient vérifier si le développement des enfants de couples homosexuels se ressent de leur condition, avec pour résultat de considérer ces couples comme peu “probables”, presque tous très idéologiques: en substance des bluffs. Et le chercheur conclut en se demandant comment se fait-il que, les choses étant ainsi, le principe de précaution – auquel l’on a si souvent recours dans tous les domaines – ne doive pas s’appliquer également dans ce cas.

Enfin, la psychothérapeute Catherine Dolto critique sévèrement toute forme de gestation pour d’autres, la considérant une forme de production des enfants qui les rend objet d’une transaction financière: une situation horrible et possible uniquement “dans un contexte de marchandisation de l’être vivant jamais expérimenté jusqu’à aujourd’hui”. Son expérience de spécialiste de l’enfance la conduit à rejeter sans appel la possibilité de louer un utérus, car il est désormais bien connu que la phase intrautérine est décisive dans la formation de la psyché de l’enfant et dans la détermination du processus d'humanisation.

Catherine Dolto voit elle aussi dans ces transformations un danger pour l’avenir, vers lequel personne ne veut tourner le regard: “Il existe un lien étroit et actif – conclut la grande psychothérapeute – entre la manière dont une société encadre la gestation et la première phase de la vie humaine et l’évolution que les enfants ainsi traités feront subir au cadre social. Ne pas prendre sérieusement soin des nouveaux venus signifie préparer une barbarie à venir”.

Lucetta Scaraffia