Le Chemin de Croix du Colisée, une tradition instaurée par Paul VI

2016-03-25 Radio Vatican

(RV) Ce 25 mars 2016, le Pape François préside le Chemin de Croix du Vendredi Saint, au Colisée, pour la 4e fois de son pontificat. Cette tradition de la méditation des 14 stations de la Via Crucis au Colisée, dans un lieu symbolique du martyre des chrétiens au temps des persécutions de l'Empire romain, a été instaurée par le bienheureux Paul VI en 1970. 

Depuis 46 ans, ces méditations ont été l’occasion de mettre en avant différentes approches spirituelles de la Passion du Christ, et son actualisation dans le monde d’aujourd’hui.

Paul VI a présidé cette Via Crucis à neuf reprises. Après des textes bibliques en 1970 , il s’est appuyé les autres années sur différents auteurs chrétiens anciens: saint Léon Le Grand en 1971, saint Augustin en 1972, saint François de Sales en 1973, saint Ambroise en 1974, saint Paul de la Croix en 1975, divers Pères de l’Église en 1976, sainte Thérèse d’Avila en 1977 et saint Bernard de Clairvaux en 1978.

Jean-Paul II, après avoir utilisé des extraits de discours de Paul VI en 1979, s’est à nouveau appuyé sur des auteurs classiques, avec des extraits de la Règle de saint Benoît en 1980, des textes de sainte Catherine de Sienne en 1981, de saint Bonaventure en 1982, et de la bienheureuse Angèle de Foligno en 1983.

En 1984, Jean-Paul II avait assuré lui-même les méditations, destinées aussi au public polonais.

À partir de l’année suivante, ces méditations ont été confiées essentiellement à des personnalités contemporaines, issues de sphères très éclectiques du christianisme,dressant en trois décennies un riche panel de la diversité des sources d'inspiration qui alimentent la foi chrétienne. En 1985, ce fut Italo Alighiero Chiusano, un écrivain italien d’origine polonaise. En 1986, l’écrivain français André Frossard, membre de l’Académie française. En 1987, le cardinal salésien Miguel Orlando Bravo, archevêque de Managua, au Nicaragua. Et en 1988, le théologien suisse Hans Urs von Balthasar, décédé quelques mois plus tard alors qu’il allait être créé cardinal.

En 1989, Jean-Paul II confia ces médiations à un écrivain polonais, Marek Swarnicki. En 1990, pour la première fois, le regard fut tourné vers la Terre Sainte, la Terre de Jésus, avec le Patriarche latin de Jérusalem, Sa Béatitude Michel Sabbah. En 1991, deux prêtres de l’Ordre des Servites de Marie, le père Ignazio Calabuig (espagnol) et le père Silvano Maggiani (italien) furent chargé des méditations. En 1992,  ce fut Mgr Miroslav Vlk, archevêque de Prague, venu d’un pays qui s’appelait encore la Tchécoslovaquie, et qui serait créé cardinal deux ans plus tard.

En 1993, pour la première fois, les méditations ont été confiées à une femme, en l’occurrence une religieuse bénédictine : mère Anna Maria Canopi, abbesse de Saint-Jules.

Nouvelle innovation en 1994, avec cette fois une personnalité non catholique, et un signe fort pour l’œcuménisme : le patriarche de Constantinople, Bartholomée 1er. En 1995, ce fut le tour d’une religieuse protestante, sœur Minke de Vries, supérieure de la communauté œcuménique de Grandchamp, en Suisse.

En 1996, Jean-Paul II confia l'écriture de ces méditations au cardinal Vinko Puljic, archevêque de Sarajevo, capitale d’une Bosnie-et-Herzégovine qui venait d’accéder à l’indépendance dans des circonstances tragiques.

Les deux années suivantes furent encore l’occasion d’exprimer de nouvelles ouvertures œcuméniques : avec en 1997, Karékine 1er, catholicos de tous les Arméniens, et en 1998, le théologien orthodoxe français Olivier Clément. En 1999, Jean-Paul II confiait ces méditations à un poète italien : Mario Luzi.

Après avoir assuré lui-même, comme en 1984, les méditations du Chemin de Croix lors du Jubilé de l’an 2000, Jean-Paul II était revenu en 2001 à un auteur disparu : le cardinal Newman, théologien anglican converti au catholicisme au XIXe siècle. Il a été, depuis, béatifié par Benoît XVI lors de sa visite au Royaume-Uni en 2010.

En 2002, le choix audacieux fut fait de confier les 14 méditations à des journalistes accrédités en Salle de presse du Saint-Siège : John Thavis (États-Unis), Alexeï Bukalov (Russie), Henri Tincq ( France, alors chroniqueur religieux du journal Le Monde). Greg Burke, (États-Unis, alors correspondant de Fox News, devenu en 2016 vice-directeur de la Salle de presse du Saint-Siège), Angel Gómez Fuentes (Espagne), Erich Kusch (Allemagne), Hiroshi Miyahira (Japon), Jacek Moskwa (Pologne), Marina Ricci (Italie), Aura Miguel Vistas (Portugal), Luigi Accattoli (Italie), Sophie de Ravinel (France, agence I.MEDIA) Valentina Alazraki (Mexique), et Marie Czernin (Allemagne).

En 2003 furent utilisés des textes rédigés par Karol Wojtyla avant qu’il ne devienne Pape, lors de la retraite que l'archevêque de Cracovie avait prêchée à la Curie romaine en 1976. En 2004, Jean-Paul II confia la rédaction des méditations au père André Louf, moine bénédictin et ancien abbé du Mont-des-Cats, dans le Nord de la France.

En 2005, l’état de santé critique de Jean-Paul II ne lui permit pas d’assister au Chemin de Croix. Il fut cette année-là présidé par le cardinal-vicaire de Rome, Camillo Ruini, et c’est le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal allemand Joseph Ratzinger, qui fut chargé des méditations. Sa description de l’Église comme d’une «barque qui prend l’eau» rencontra un énorme retentissement médiatique. Devenu Pape moins d’un mois plus tard sous le nom de Benoît XVI, Joseph Ratzinger allait entreprendre un chemin courageux et complexe de purification de l’Église.

En 2006 Benoît XVI a confié la rédaction du chemin de Croix à Mgr Angelo Comastri, archiprêtre coadjuteur de la basilique Saint-Pierre, et en 2007, ce fut le tour d’un prélat italien connu pour son érudition biblique, Mgr Gianfranco Ravasi, qui deviendrait quelques mois plus tard archevêque et président du Conseil pontifical pour la Culture.

En 2008, le cap fut mis vers la Chine, avec le cardinal Joseph Zen Ze-kiun, évêque de Hong Kong, puis vers l’Inde en 2009 avec Mgr Thomas Menamparampil, archevêque de Guwahati.

En 2010, c’est le cardinal Camillo Ruini, vicaire général de Rome, qui fut chargé des méditations. En 2011, Benoît XVI les confia à une moniale augustinienne, sœur Maria Rita Piccione, et en 2012 à un couple italien membre du mouvement des Focolari, Danilo et Anna Maria Zanzucchi.

Pour 2013, quelques mois après son voyage au Liban, Benoît XVI confia ces méditations à des jeunes du pays du Cèdre, guidé par le Patriarche maronite, le cardinal Bechara Boutros Raï. Ce Vendredi Saint fut le premier du Pape François.

Depuis, c’est toujours à des évêques italiens que le Pape argentin a confié ces méditations : Mgr Giancarlo Bregantini, évêque de Campobasso, en 2014, Mgr Renato Corti, évêque émérite de Novara, en 2015, et donc enfin cette année le cardinal Gualtiero Bassetti, archevêque de Pérouse.

(CV)

 

(Tratto dall'archivio della Radio Vaticana)