La fraternité chrétienne
Avec une homélie aussi belle que profonde — qui va bien au-delà de la contingence, mais qui naturellement l’illumine — Benoît xvi a célébré la fête des apôtres Pierre et Paul. Entouré selon l’habitude par les archevêques métropolitains à qui il a remis le pallium (provenant cette année de vingt-deux pays des cinq continents) et en présence d’une délégation de l’Eglise sœur de Constantinople, dans une basilique où se sont élevés les chants merveilleux du chœur anglican de Westminster Abbey unis à ceux de la Sixtine.
Il ne pouvait pas exister d’image plus éloquente de la dimension catholique et œcuménique (deux synonymes, pas seulement d’un point de vue étymologique) de l’Eglise et de la fraternité chrétienne qu’elle exprime. Une fraternité — un thème cher au jeune Joseph Ratzinger — que le Pape a présentée cette fois en parlant des deux patrons principaux de la ville, les nova sidera célébrés dans la deuxième moitié du ive siècle par Damase. Comme l’a expliqué Benoît xvi, les deux apôtres remplacent non seulement les figures mythiques de Romulus et Remus, mais il renversent l’image tragique de Caïn et d’Abel en inaugurant «une nouvelle manière d’être frères» rendue possible par le Christ.
Telle est la nouvelle fraternité chrétienne que Pierre et Paul ont réalisée, inséparables, “bien qu’humainement très différents l’un de l’autre et bien que les conflits n’aient pas manqué dans leurs relations», a voulu préciser le Pape en reprenant parfaitement les données historiques de la tradition chrétienne. Un profond réalisme théologique que Benoît xvi a immédiatement appliqué à la figure de Pierre, par la grâce de Dieu pierre et roc, c’est-à-dire «fondement visible sur lequel est construit tout l’édifice spirituel de l’Eglise». Mais ce même disciple «qui, par don de Dieu, peut devenir un roc solide, se manifeste aussi — a insisté le Pape — pour ce qu’il est, dans sa faiblesse humaine»: une pierre d’achoppement à qui le Seigneur demande de se mettre à sa suite.
Telle est la scène de base qui anticipe et illumine selon Benoît xvi le drame historique de la papauté: fondement de l’Eglise «grâce à la lumière et à la force qui viennent d’en-haut», lumière et force qui seules peuvent transformer cette «faiblesse des hommes» présente au cours des siècles dans l’Eglise. Mais malgré ces faiblesses et ces imperfections que le Pape connaît et qu’il prend personnellement en charge — ici ne peuvent que revenir à l’esprit les paroles pleines d’anxiété sur la saleté dans l’Eglise écrites par le cardinal Ratzinger pour la Via Crucis au Colisée peu avant d’être élu Pape —, le regard de Benoît xvi est fixé sur la promesse du Christ que le mal n’aura pas le dernier mot.
Une promesse contenue dans ce non praevalebunt que Jésus adresse de manière non casuelle à Pierre lui-même et que le Pape trouve déjà dans le récit de la vocation du prophète Jérémie. Avec des paroles d’espérance qui rassurent le premier des apôtres à propos de l’avenir de l’Eglise. Des Paroles qui s’étendent «à tous les temps».




