Eloge des sœurs
Sous le tire provocateur Bullying the Nuns («Faire les voyous avec les sœurs») a été publié sur la «New York review of Books» du 7 juin, l’article d’un écrivain catholique, Garry Wills, consacré à la question qui a semblé opposer la Congrégation pour la doctrine de la foi et la Leadership Conference of Women Religious, l’organisation qui rassemble la majeure partie des sœurs américaines. En synthèse, selon Wills les sœurs sont accusées de trop s’occuper de l’engagement social (dont on parlerait dans l’Evangile) et de s’intéresser trop peu à l’avortement et à la contraception (dont on ne parlerait pas en revanche dans l’Evangile).
Le raisonnement de l’écrivain n’est assurément pas nouveau, parcourant des sentiers déjà longuement battus. Dans les faits, il est dépassé, ne tenant pas compte des changements historiques qui ont eu lieu, pas plus que des évaluations élaborées sur ceux-ci par Benoît xvi depuis le début de son pontificat. L’assistance aux indigents, en effet, n’est pas mise en question: l’Eglise catholique a toujours reçu et reçoit l’approbation générale pour son aide généreuse et concrète; c’est également pour cette raison que les chrétiens sont en constante augmentation dans les pays pauvres.
Aujourd’hui, la crise du christianisme concerne les grandes régions d’antique tradition chrétienne, comme l’Europe et les Etats-Unis, où la nouvelle évangélisation doit passer également par une critiques aux dérives de la société occidentale, en particulier en ce qui concerne la morale sexuelle et la bioéthique. Il est vraiment difficile, à cet égard, de soutenir, comme le fait Wills, que l’Evangile ne se rallie pas en faveur du respect de chaque vie humaine, et donc également des fœtus, ou que l’incarnation, en faisant du corps humain le temple de Dieu, ne transforme pas en voie de sanctification spirituelle toute activité que nous accomplissons avec le corps, et donc aussi — voire surtout — l’acte sexuel.
Et le fait que l’Eglise rencontre tant de difficultés et reçoit tant de critiques pour ses positions dans un domaine que beaucoup de personnes, en particulier les nombreuses organisations féministes, résument par l’expression «droit à la reproduction», devrait retentir comme la confirmation que c’est précisément là que se trouve le cœur du problème à affronter. En effet, la confrontation avec la modernité ne doit pas être prise pour une adaptation acritique aux modes du moment. Une adaptation qui serait particulièrement inadaptée à un moment comme celui-ci, où la révolution sexuelle des années soixante du siècle dernier est entrée dans une grave crise et oblige chacun à réfléchir à nouveau.
Mais sur ce point, l’article ne convainc pas, on ne peut qu’apprécier les paroles d’éloge que Wills adresse aux sœurs qu’il a connues de près, à leur mission presque toujours accomplie de manière silencieuse et humble, mais pas pour autant privée d’un profond discernement historique et spirituel. Et on ne peut qu’être d’accord quand l’écrivain célèbre la vie évangélique de nombreuses sœurs, qui prennent l’autobus par deux, en nette contre tendance avec l’«esprit du temps» qui n’apprécie assurément pas la sobriété. A-t-on jamais vu des sœurs seules au restaurant? Très, très rarement et seulement en voyage. Ces comportements de style évangélique frappent le cœur des fidèles et les font souvent se sentir proches de ces sœurs.
Précisément pour cette raison, ce qui est représenté comme un affrontement entre hommes puissants et femmes humbles, n’est aujourd’hui pas toléré par l’opinion publique. Mais le récent entretien du préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, le cardinal William Joseph Levada, avec les représentantes de la Leadership Conference of Woman Religious semble avoir remis les choses en place, en transformant ce qui semblait un acte d’autoritarisme masculin en un entretien serein en pleine collaboration entre des sujets qui s’écoutent et se respectent.






