Comme un pont

2013-07-05 L’Osservatore Romano

Si l’image du pont est peut-être celle qui représente le mieux l’encyclique Lumen fidei comme texte extraordinaire reliant les pontificats de Benoît XVI et de son successeur François, dans ce même sens est très éloquente leur première rencontre publique au Vatican. Ce n’est pas un hasard si l'événement, tout autant hors de l’ordinaire, a précédé de quelques heures la présentation du document et ensuite l’annonce de la canonisation historique de deux Papes, chrétiens authentiques et exemplaires: Jean XXIII et Jean-Paul II. Mais surtout un fait doit être souligné: la rencontre s’est déroulée avec un naturel qui exprime la fraternité réelle qui s’est visiblement instaurée entre l'Évêque de Rome et son prédécesseur.

Tel est le cadre immédiat et profond dont tenir compte pour lire et apprécier l’encyclique. « Nous avons eu un exemple merveilleux  de comment se déroule ce rapport avec Dieu dans la conscience, un exemple récent, merveilleux. Le Pape Benoît XVI – a dit de manière intentionnelle au début de cette semaine son successeur – nous a donné ce grand exemple, quand le Seigneur lui a fait comprendre, dans la prière, quel était le pas qu’il devait accomplir. Il a suivi sa conscience, c’est-à dire la volonté de Dieu qui parlait à son cœur, avec un grand sens du discernement et avec courage. Et cet exemple de notre père nous fait beaucoup de bien à tous, comme un exemple à suivre ». Des paroles qui ne sont pas  de circonstance, comme n’ont pas été de circonstance celles qui ont ouvert la première rencontre vraiment publique pour rappeler au prédécesseur affection, reconnaissance et grande joie pour une présence, aussi discrète que chargée de sens.

Si donc la continuité dans la diversité des successions sur la chaire romaine est le fond du document qui porte la date de la solennité des saints Pierre et Paul, son thème est essentiel et décisif, « la lumière de la foi »: la Lumen fidei qui rappelle la Lumen Christi qui pendant la veillée de Pâque déchire les ténèbres. Après les encycliques de Benoît XVI  sur l’amour (Deus caritas est) et sur l’espérance (Spe salvi), celle-ci complète une longue méditation et est offerte avec une simple humilité par son successeur. L'Évêque de Rome pris « presque du bout du monde » a ainsi fait sien ce « précieux travail » et l’a personnalisé, comme un texte traditionnellement programmatique sur le « grand don apporté par Jésus », et le publiant au cœur d’une période expressément consacrée, par volonté de son prédécesseur, à la réflexion sur la foi et à sa célébration.

On a immédiatement noté qu’une autre « année de la foi » avait été voulue par Paul VI peu de temps après la clôture de Vatican II et ce n’est pas par hasard si dans l’encyclique est citée une de ses annotations qui répondait à des objections et murmures qui circulaient alors: «Si le Concile ne traite pas expressément de la foi, il en parle cependant à chaque page, il reconnait son caractère vital et surnaturel, il la suppose intègre et forte, et c’est sur elle qu’il construit sa doctrine ». Et on retrouve précisément au début de l’encyclique un écho du discours de conclusion de Vatican II  pour décrire l’objection à l’égard de la foi de l’ ‘« homme devenu adulte, fier de sa raison ». En tenant compte de ces difficultés l’encyclique  nourrie à la racine de l'hébraïsme et de la grande tradition de l’Eglise, s’offre ainsi a qui voudra la lire pour découvrir dans la foi la « lampe qui guide nos pas dans la nuit »

g.m.v